Populisme, populaire, populace… et quoi encore?

Entendu – Retenu
Article en partage de l’écoute de l’émission L’invité des matins du 2 novembre 2016 sur France Culture, intitulée «Le populisme, ou le retour des passions politiques?»

Ces mots reviennent constamment dès qu’on discute politique, à gauche comme à droite.

Souvent assorti de mépris, voire d’inquiétude ou de peur, le populisme est au cœur de l’actualité politique mondiale. Pierre Rosanvallon, historien et sociologue français, définit le populisme à la fois comme un symptôme et un problème de dysfonctionnement démocratique.

Alors que le terme «peuple» fonde les démocraties, Pierre Rosanvallon distingue les mouvements populistes d’opposition des régimes populistes. Les premiers (comme le FN en France) entretiennent une vision simplifiée de l’émancipation sociale comme un face à face, voire un combat entre un peuple indifférencié et uni, nommé au singulier, faisant bloc par rapport aux élites, à l’oligarchie et aux pouvoirs dominants. Sous-entendu, si on était débarrassé de ces groupes, tout irait bien mieux dans la société. Quant aux régimes populistes, de gauche comme de droite, (en Pologne, Russie, Hongrie… pour en citer quelques-uns), ils virent à l’autoritarisme. Pour eux, le peuple parle d’une seule voix. Et si quelqu’un n’est pas d’accord, il devient l’ennemi de tous. Les cours constitutionnelles — qui sont la mémoire patiemment construite de la volonté générale — sont dévalorisées voire supprimées. Les différences s’effilochent dans l’identité nationale, voire nationaliste, qui devient souveraine et s’incarne en la personne du dirigeant, élu ou non, à la tête du pays.

Précieux pluralisme

Le déficit de représentation de la société dans les élites politiques, de plus en plus coupées de la réalité des gens, n’est plus à démontrer. Mais ce n’est pas en les dénonçant qu’on va aider au changement. Les partis politiques ne représentent plus les classes sociales, ils sont devenus des machines de soutien ou de critique des gouvernements. Il faut donc trouver des moyens de discussion et de représentation de la société en dehors des partis politiques.

C’est possible par la délibération publique qui doit concilier les intérêts et organiser des formes de compromis pour ensuite trancher. Le fantasme d’unité de la société ne mène nulle part; la société est plurielle, ne pas le reconnaître signerait la fin de la démocratie. Être démocrate, c’est faire l’effort d’une vision positive. Non pas critiquer avec hauteur «le régime le moins pire» ni voter pour le moins pire. Ni choisir entre la peste et le choléra comme on l’a souvent entendu dans la campagne électorale américaine, mais installer des modalités de délibération, comme par exemple les jurys citoyens.

La démocratie est un travail de la société sur elle-même, estime Pierre Rosanvallon, c’est expliquer ce qu’il se passe, relever les perversions de la simplification et lutter contre les référendums qui, sous couvert d’une légitimité, donnent l’illusion que, par addition des réactions viscérales, on peut aboutir à la bonne décision.

La démocratie c’est former une société. La conduire à une vision positive d’elle-même, faire droit à la participation de tous indispensable à la transformation de nos civilisations.
Il reste encore beaucoup à faire pour le bien commun!