Philippe et le trèfle à quatre feuilles

Quand un député européen (Verts-ALE) vous présente sous la forme d’un trèfle à quatre feuilles une argumentation sur la transition énergétique, vous êtes étonné! Et nous l’étions, les quelque 140 personnes venues s’informer sur le sujet au centre culturel de Perwez, par une soirée de premier gel.

Pour les plus romantiques, les quatre feuilles évoquent la renommée, l’amour, la richesse, la santé. Emparons-nous de ces bienfaits pour brosser très succinctement les 4 thématiques pour la transition énergétique que propose Philippe Lamberts.

Alors par quoi on commence?

La renommée? Premier thème proposé par le député: l’impératif environnemental. Il faut toujours plus d’énergie pour en produire… de moins en moins! Vu le réchauffement climatique avéré, il faut éviter la surproduction et la consommation superflue et passer d’une production centralisée à une production décentralisée. En matière de recyclage, l’Europe qui produit 12% de la production mondiale n’en recycle encore que 1%!

La deuxième feuille du trèfle commentée par l’orateur est la réponse à des besoins sociaux. Nous la rapprocherons de l’amour. Comment mener une transition énergétique inclusive et non vectrice d’inégalité sociale? Seulement un tiers des États membres réalisent que la pauvreté énergétique affecte 11% des ménages.

La richesse promise par le trèfle à quatre feuilles peut se rapprocher du troisième thème développé par Philippe Lamberts: une opportunité économique. Dramatique d’imaginer que 390 milliards quittent l’Union européenne pour acheter quelque chose qu’on brûle. Soit 22% du total des importations UE en 2015. La mise en oeuvre des mesures (peu ambitieuses) en matière d’efficacité énergétique créerait/sauvegarderait 2 millions d’emplois d’ici 2020 et le développement des énergies renouvelables plus de 3 millions d’emplois (autre chose que les soi-disant emplois promis par le TTIP! NDLR).

Dernière feuille du trèfle proposé par Philippe Lamberts: la nécessité stratégique. En matière de santé, on peut légitimement s’inquiéter de la pollution de l’air (liée en grande partie au trafic routier et donc à la combustion des énergies fossiles) qui provoque 400.000 décès prématurés en Europe chaque année (12.000 en Belgique).
Les limites physiques de la planète sont dépassées, il faut revoir tout le système de production. C’est une question de survie de l’humanité.

lamperwLe trèfle à 4 feuilles fait rêver, mais l’Union Européenne, ne semble pas s’emparer de ce porte-bonheur. Elle y gagnerait pourtant, sachant que chaque tranche supplémentaire de 1% d’économies d’énergie permettrait de réduire les importations de gaz de 2,6%. L’Europe peut décider la transition vers un système énergétique plus sûr et plus durable. Cela lui coûtera la bagatelle de quelque 200 milliards €/an pour la prochaine décennie alors que collectivement, l’UE n’a dépensé que 120 milliards €/an.

Hélas, l’Europe a des objectifs trop modestes en énergies renouvelables en les ciblant à 30% non obligatoire pour 2030 alors qu’il faudrait au minimum 35%. Et, comble de l’incohérence, elle supprime l’accès prioritaire et garanti au réseau pour l’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelables. Pourtant, dans une étude d’impact, la Commission estimait que cette disposition était cruciale pour se dégager du charbon et du nucléaire.
L’Europe a perdu son leadership au profit de la Chine et des USA au moment où les renouvelables dépassent les fossiles.

Mais pendant ce temps-là, en plein vent

Les citoyens réagissent et prennent en main la transition énergétique. La réunion de Perwez rassemblait plusieurs projets dont des «fabriqueurs d’électricité». HesbEnergie en Hesbaye, Allons en vent, Nosse moulin à Gembloux, Coopeos, APERe, Amperes.be, Cociter et Rescoop Wallonie et bien sûr Pour.press.

Preuve est faite qu’il est possible de développer la capacité de s’unir, d’outrepasser les blocages historiques et de mobiliser les secteurs politiques et sociaux pour entamer, pour de bon et jusqu’au bout, la transition énergétique indispensable à l’avenir de l’humanité.