Mettre un terme à l’économie de pouvoir, rétablir l’économie de marché

Titre interpellant pour le monde progressiste: «rétablir l’économie de marché» alors que nous nous opposons à l’économie de «marché totalitaire», responsable du fossé croissant entre les super-riches et la masse d’êtres humains en appauvrissement continu.

C’est pourtant le titre d’une étude très sérieuse et très engagée, publiée en décembre 2015 par la Fondation Heinrich Böll et la Green European Foundation. Son auteur est Gerhard Schick, économiste et politicien Vert allemand, vice-président de la Commission des finances du Bundestag.

Son approche:

1. «Dans une économie de marché, c’est la demande des clients qui détermine ce qui est produit, et la liberté de choix de ces derniers limite le pouvoir des entreprises. L’État fixe des règles et les met également en pratique afin que ne surviennent pas d’effets négatifs indésirables, que les marchés puissent somme toute fonctionner et n’échouent pas en raison d’asymétries d’information.»

2. Notre économie ne nous est plus destinée, à nous individus. Les besoins des habitants du monde ne jouent presque plus aucun rôle. Ce qui compte, ce n’est plus l’individu, mais le pouvoir et l’argent. C’est pourquoi j’appelle cet ordre économique «économie de pouvoir».

3. Nous pouvons créer de nouvelles conditions favorisant l’économie de marché à l’échelon politique. Les grands consortiums ont bien entendu peur de la concurrence. S’il ne tenait qu’à eux, ils feraient constamment en sorte qu’elle reste limitée. Des règles nationales et une politique efficace en matière de compétitivité doivent ainsi faire en sorte qu’un changement ait lieu. Nous avons de nouveau besoin d’une vraie économie de marché afin de faire face aux conséquences négatives de l’économie de pouvoir.

4. Un accord commercial et économique entre l’UE et les États-Unis est une bonne chose. Mais il faut que l’accord en question profite aux citoyens, et pas qu’il renforce encore le pouvoir des conglomérats. En sa forme actuelle, le TTIP travaille à la consolidation de l’influence des lobbies et à la protection des investisseurs. Au lieu de cela, nous devrions supprimer les obstacles techniques au commerce et renforcer le cadre juridique international. En conséquence, nous avons besoin d’un nouveau mandat de négociation qui favorise la compétitivité et ne l’entrave pas.

5. En deux mots: nous avons besoin d’un mandat de négociation qui favorise la compétitivité et ne l’entrave pas. La libéralisation et la privatisation ne peuvent pas être étendues sans borne: elles nous entraînent directement dans un monde où le contrôle du marché est exercé par un nombre restreint de multinationales. Et la concentration du pouvoir économique est dangereuse pour la société.

Et sa conclusion:

«Pour mettre en œuvre la législation anti-trust et les importantes réformes politiques, nous avons aujourd’hui besoin d’un mouvement progressiste en Europe, tout comme aux États-Unis au début du siècle dernier: nous devons faire reculer ou dissoudre les structures de pouvoir politico-économique existantes. Et nous devons faire bloc en Europe de manière à ce que personne ne puisse nous monter les uns contre les autres. De même qu’aux États-Unis au tournant du siècle dernier, le soutien doit venir de la classe moyenne de la société. Il ne peut être composé que de quelques radicaux dispersés. Ce sont justement les personnes actives dans le milieu économique mais qui se font mettre à l’écart du marché et de l’État par les grandes entreprises qui devraient constituer le noyau d’un tel mouvement. Les progressistes nous ont montré qu’un tel mouvement issu des classes moyennes n’était pas une utopie. Prenons-en exemple et organisons une Europe progressiste!»

Synthèse proposée par Robert Polet

L’étude complète de Gerhard Schick (version française)