Ma soirée dans les caves de l’OTAN

Alors que toute approche était sévèrement interdite, voilà que nous nous trouvions à quelques mètres du bâtiment tout neuf de l’OTAN. Certes, ce n’était pas par nos propres moyens que nous y étions parvenus mais amenés par les paniers à salade de la police. Mais nous étions là, étonnamment arrivés en passant par la SABCA (société anonyme belge de construction aérienne) et enfermés dans le parking souterrain de la société Securitas. A croire qu’ils veulent nous prouver que le complexe militaro-industriel n’est pas une invention de gauchistes mais une réalité concrète et bien palpable.

Tout avait commencé 4 heures plus tôt, vers 14 heures. Alors que nous approchions de la bien nommée rue de la Fusée, où étaient organisées quelques activités (autorisées) des mouvements de la paix, à distance respectable du siège de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, nous avons vu surgir des groupes de jeunes. En combinaisons blanches ou déguisés en clowns, ils ont rapidement bloqué le carrefour de l’avenue Léopold III et de l’avenue Bordet. C’était par là que devait passer le cortège de l’homme à la flamboyante chevelure orange, le chef du «monde libre», venant inaugurer le siège flambant neuf de l’organisation préparant les guerres de demain.

© Laila Ghozzi

Nous nous sommes approchés, il y avait de la musique (enfin, surtout des percussions), des chants et des slogans pacifistes. Dans les minutes qui ont suivi, toutes sirènes hurlantes, des combis de la police sont venus vomir des dizaines d’hommes en bleus qui se sont mis face à ces jeunes qui agitaient de pancartes et tendaient des calicots dénonçant les politiques guerrières que concoctent les maîtres du monde.

Après quelques palabres entre les membres du legal team et le haut gradé Vandersmissen, toujours papillonnant autour des manifestants son smartphone à l’oreille, j’ai bien vu le mouvement tournant qu’opéraient les policiers. En quelques enjambées, j’aurais pu me mettre en dehors du cercle maudit mais ce bête sentiment de solidarité, qui me coûtera peut-être cher un jour, m’a fait rester à proximité de ces garçons et filles courageusement allongés sur le sol face aux forces de l’ordre. C’était le début d’un long après-midi…

Pendant près de 4 heures, sous un soleil ardent, nous sommes restés là, pris dans la nasse. Seuls ceux qui portaient une carte de presse ou une caméra sur l’épaule pouvaient entrer et sortir du cercle qui se resserrait peu à peu. Quelques courageux (encore des solidaires) y entraient, porteurs d’eau fraîche, mais n’en sortaient plus. Les tentatives de dialogue avec les policiers et policières, venus de communes parfois éloignées (Willebroeck de mon côté) n’étaient guère couronnées de succès, du moins au début (après quelques heures passées ensemble au soleil, l’atmosphère finit par se réchauffer). Enfin, vers 17h30, Vandersmissen nous annonce que nous allons être arrêtés administrativement, gentiment si nous sommes volontaires, plus fermement si nous osons résister.

Arrestation de l’auteur du présent article. © PPICS-banque d’images

Nous passons donc l’épreuve de la pose des colsons (aïe, ça fait mal ces trucs-là) et montons dans les combis qui nous sont aimablement avancés. Et c’est là que nous découvrons qu’on nous emmène tout à côté du saint des saints. Bon, ce parking souterrain où nous sommes parqués dans 3 enclos fait de barrières Heras et de chevaux de frise, ce n’est pas vraiment du luxe mais nous ne nous attendions pas à être conduits au Hilton. Si le béton est froid, l’acoustique est excellente et les slogans entonnés en cœur par des délinquants pas le moins du monde repentants résonnent haut et fort. Bella Ciao et le Chant des Partisans furent mes morceaux préférés mais il y en eu bien d’autres. Nous avons même eu droit à un one women show assez réjouissant.

Bien sûr, il y a eu les formalités d’usage: prise d’identité, petite photo (de face, pas de profil) mais les flics, à part un con fascistoïde, étaient plutôt sympas. Ils nous ont apporté à boire et l’un d’eux, avec qui j’ai échangé quelques confidences, s’est même inquiété de savoir si de telles actions avaient une chance de faire bouger les choses. Un par un, encadré par deux d’entre eux, ils nous emmenaient faire pipi dans un camion sanitaire de la gendarmerie et certains se sont offert le petit plaisir d’y coller subrepticement quelques autocollants très contestataires.

Sous les pavés, les cages. © Laila Ghozzi

Le sieur Vandersmissen est venu en personne nous détacher les colsons; espérait-il faire remonter sa côte de popularité qui, il est vrai, est au plus bas…? Nous avons appris que notre action avait eu l’honneur des JT (les smartphones ont parfois quelque utilité) et, de fait, mon gsm a sonné et une proche m’annonçait qu’elle venait de m’apercevoir à la tv. Ce n’est pas le genre de gloire que je recherche mais cela prouvera que mon présent reportage n’est pas une fake news.

Enfin, après 4 heures à l’ombre (au sens propre et figuré), nous retrouvons la lumière du jour et les combis nous dispersent dans la nature (j’ai tiré le cimetière de Laeken). Nous nous séparons un peu difficilement. C’est étonnant comme des personnes inconnues quelques heures auparavant vous sont subitement proches suite à une épreuve (pas très dure, avouons-le) vécue ensemble. Il paraît que Trump a dû faire un détour à cause de cette action: encore une petite satisfaction qui clôture un bel après-midi militant.


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