L’Europe peut-elle se (ré)unir stratégiquement?

Dans un article du Monde daté 24 décembre 2016, Mark Galeotti, chercheur à l’Institut de relations internationales et professeur à l’Université Charles de Prague, suggère que «pour faire face à Moscou, l’unité européenne est désormais un enjeu de sécurité».

L’introduction de son article en est aussi la synthèse: «La Russie multiplie les manœuvres militaires en Europe dans le but d’intimider ses voisins. L’objectif est de semer la désunion. La meilleure réponse consiste à renforcer les liens au sein de l’Union européenne et de l’OTAN.»

Dans une précédente contribution, j’avais indiqué qu’après l’accession de Donald Trump à la présidence des États-Unis et sa volonté manifestée de faire porter par les Européens le poids de leur propre sécurité, l’Europe allait se retrouver «face à elle-même».

Galeotti montre dans son article la multiplication des gesticulations russes: manœuvres militaires et intrusions dans l’espace aérien de pays européens, en particulier les pays baltes. Ces intrusions relevées par la police de l’air de l’OTAN sont passées de 47 en 2013 à 400 en 2015. Elles ne visent cependant qu’à montrer les muscles d’une puissance en reconstruction, des actions d’intimidation qui n’ouvrent pas, selon lui, les perspectives d’un conflit que la Russie n’a aucun intérêt à ouvrir.

Dès lors, la réponse à donner à ces actes d’intimidation doit être exclusivement politique et diplomatique.

Mais pour que cette réponse ait quelque chance d’influencer le maître du Kremlin, faudrait-il que l’Europe représente enfin un acteur géopolitique respectable. Et cela implique qu’elle retrouve en elle-même une unité et une volonté commune. [1]

Ce devrait être le travail essentiel à mener par Federica Mogherini, Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité.

Elle ne pourra cependant progresser sérieusement dans cette voie tant que l’Union vit de graves tiraillements en son sein: désaccords fondamentaux sur la séparation des pouvoirs et l’état de droit (Pologne, Hongrie), sur la politique de gestion des frontières et des migrations (réfugies politiques ou non), et sur la conception même et les compétences de l’Union mises en cause par des forces politiques d’extrême droite s’approchant de plus en plus de l’exercice du pouvoir.

Il est clair que nos adversaires potentiels sont soit perplexes face à une telle Europe si divisée, soit heureux d’exploiter et d’attiser ces divisions.

L’Europe face à elle-même ferait bien de se ressaisir.

Nous ne manquerons pas d’y revenir en 2017!


[1] Revoir Pierre Defraigne