Les sauveteurs, c’est nous!

Brexit, Trump, Publifin… pour ne citer que certains faits politiques qui nous interpellent tous, déclenchant un pénible sentiment d’échec et de désarroi. Réagir, oui, mais comment?

Sur la page de couverture du dernier ouvrage du philosophe Charles Pépin, «Les vertus de l’échec», figurent quelques citations dont l’une m’a touchée au coeur. Elle vient de Winston Churchill et je l’ai citée à mon petit-fils en période d’examen. «Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme.» Quelle force dans cette courte phrase! Churchill n’est d’ailleurs pas le seul grand politique, sportif, handicapé, chanteur, entrepreneur, chômeur, immigré ou que sais-je,… à démontrer que prendre sur soi pour ne pas céder au découragement peut, paradoxalement, conduire à une réussite. Pourvu qu’il s’exerce à un peu de réflexivité, le perdant peut atteindre de nouvelles pistes prometteuses s’il arrive à soutenir son entrain, sa fougue ou sa passion!

Ce n’est pas demain que les médias nous laisseront tranquilles avec les énormités politiques et les vulgarités désobligeantes du nouveau président des USA. Que fait-il à ce poste en invraisemblable marionnette de ses propres fantasmes? Je ne comprends pas que plus de 40% de femmes ont, malgré tout, élu ce chanteur d’opérette. Les rassurait-il en promettant des emplois pour tous (pour elles aussi?), les séduisait-il à cause d’un vieux passé de servitude basé sur l’illusion que l’homme dans sa brutalité physique et sa supériorité par le mépris, allait les sortir d’une vie médiocre? Je n’en sais fichtre rien, et saurons-nous un jour quel fut le vrai ressort de ce comportement naïf et préjudiciable pour tous? Les psy finiront par trouver, j’imagine, une ébauche d’explication.

Paysages en noir ou en couleurs?

En attendant, il faut bien vivre et tout n’est pas forcément noir. D’ailleurs, le noir n’existe pas! Autant chercher dans la vraie vie les couleurs qui réfléchissent la lumière et se montrer réceptif aux effets collatéraux positifs sur l’écran sombre des discours trumpistes?

Me vient spontanément un premier réconfort: la fin probable des «traités de libre échange» à visée ultra capitaliste et libérale. Nous serons peut-être moins envahis en Europe de viandes bourrées d’hormones ou javellisées, d’OGM ou décisions intempestives de management indifférent au sort du citoyen. Au prochain traité en signature, espérons que les décideurs politiques auront compris, grâce notamment au travail des député·e·s wallon·ne·s, combien il faut être vigilants sur les textes présentés clé sur porte et négociés dans le plus grand secret. Ensuite, deuxième rayon d’espoir, l’attitude nationaliste de Trump évitera peut-être que les USA interviennent aussi unilatéralement dans d’autres pays pour y agir selon leurs propres intérêts. Pensons au Chili, à l’Irak, et d’autres régions où ils ont installé leurs missiles.

Les droits des femmes à nouveau sous la guillotine

Pour les Américaines, il va devenir plus difficile de vivre librement. Les financements des ONG apportant l’information sur la contraception et l’avortement vont être réduits ou supprimés. Trump a signé ce décret entouré de sept autres mâles. «De votre vivant, vous ne verrez jamais la photo de 7 femmes signant une législation sur ce que les hommes peuvent faire de leurs organes reproducteurs», grinçait le journaliste britannique Martin Belam du Guardian.

Sur le net, les caricatures ont surgi, et un montage représentant Hillary Clinton entourées de femmes, signant «l’interdiction pour les hommes d’éjaculer hors procréation» est paru sur la toile Internet. Cela n’arrange rien bien sûr. Et on devine quelle misère ce sera pour les femmes les plus précarisées de trouver les moyens de contraception et, s’il le faut, un lieu où avorter dans des conditions correctes.  Elles ont néanmoins réagi en organisant la Marche des femmes où sont venues de partout dans le monde, trois millions de personnes. Pas seulement pour les droits des femmes, mais pour la liberté de la presse que Trump s’amuse à invectiver et tromper, le respect de l’environnement, alors qu’il en a déjà coupé les subsides et muselé les experts interdits de parole au public. Mais aussi parce que l’Obamacare est raturé, les réfugiés repoussés, et la liste n’est pas finie. Est-il possible de faire pire?

Du merdier faire un défi

L’histoire de l’humanité se décline en guerres et appropriations aux dépens des plus faibles. Les options de Trump sont un effroyable condensé de l’ultralibéralisme qui a sévi et infecté les sociétés occidentales. Ce personnage, qu’on dit le plus puissant sur la planète, scandalise par ses prises de décisions qui renforcent les zones sombres de l’ordre international établi sur l’idéologie du marché. Or, les honnêtes gens ne veulent plus de cet ordre: celui de l’argent, du pouvoir, de la course au profit qui conditionne nos vies et l’équilibre de l’environnement, de la destruction des terres aux dépens de ceux qui en vivent, de l’esprit guerrier et du réflexe de s’armer et violenter plutôt que construire la paix. Les USA ont perdu la partie du leadership. Trump contribue à rogner les bases de cette pseudo-démocratie qui fonctionne sous l’emprise de la finance. C’est le moment pour les peuples de réagir. Pour l’Europe de se ressaisir, tout le monde en convient. Mais comment?

A partir des citoyens, bien sûr! Que veulent-ils profondément? Tout simplement vivre, aimer, avoir une famille, un métier, un jardin, un environnement de paix entre tous. Ils reconnaissent, sans trop s’appesantir, que la super-consommation n’est jamais qu’une désespérante fuite en avant. Comme vouloir aller sur Mars où il ne fera jamais bon vivre alors que la Terre offre tous les biens possibles, toute la contemplation nécessaire à apaiser nos esprits voués à la finitude.

L’histoire de l’humanité, jusqu’ici plutôt navrante, (revoyez vos cours d’histoire et la litanie des conflits), ne peut se poursuivre avec la même mentalité brutale des dirigeants et dominateurs de tout poil. L’art, la culture, l’attention aux autres rendent heureux plein d’hommes et de femmes qui ont opté pour une certaine sagesse universelle. Vivre c’est faire des choses dont on peut être fier: dessiner ou peindre, aller au cinéma, construire une maison, soigner son entourage, regarder le lever du soleil, ou aider son voisin. Tout est beau ici, à portée de vue pour qui se donne le temps de regarder les fleurs pousser, sans vouloir cueillir celles du voisin.

A quoi ça rime?

Pour le climat, c’est mal parti à cause de notre inertie à décider d’indispensables changements d’attitude. Des peuples entiers, des villes seront bientôt envahies par la mer. Les migrations économiques et climatiques vont s’amplifier. L’écosystème est menacé.

Mais pendant que certains décideurs politiques menteurs (qui se vantent néanmoins de prendre leurs responsabilités!) dansent toujours sur le Titanic, les sauveteurs c’est nous! Par des comportements éco-responsables de la cuisine au jardin, dans les loisirs, au travail, et là où il est possible de diminuer notre empreinte sur la Terre… Même si parfois on se demande à quoi ça rime d’économiser l’essence d’un voyage alors que le trafic d’avion va doubler d’ici 20 ans? De faire gaffe à l’eau en récupérant celle des douches pour les toilettes? Ou de surveiller la consommation passive des petites lumières rouges des appareils électriques alors que les bureaux laissent l’éclairage la nuit et les magasins gardent leur portes ouvertes laissant filer la chaleur dans la rue. Et pourquoi trier ses ordures alors que les commerçants du centre de Bruxelles remplissent leurs poubelles sans distinction?

Vraiment n’est-ce pas vain tous ces efforts qui, isolément, n’ont aucun impact significatif?
A moins qu’ils ne contribuent à créer une conscience collective indispensable à notre survie?

L’impact, c’est moi!

Surtout, ne pas perdre son enthousiasme, disais-je à Maxime, mon petit-fils, tout en espérant qu’il réussisse ses examens. Il fait sa part de jeune qui prépare son avenir. A nous adultes de lui faire place, une place propre et nette, conviviale même, où il pourra bénéficier des chances que nous avons eues, nous les plus âgés. Le découragement n’est pas permis. Aucun alpiniste n’a jamais atteint le sommet sans s’agripper aux aspérités de la montagne, passant d’une micro-prise à l’autre! Fût-ce difficile, risqué même parfois!

Alors, agir c’est pour vous, pour nous les ex de mai 68, réentendre le joyeux slogan «Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi.» Ou alors, avec Che Guevara, se répéter sans douter: «Hasta la victoria siempre!» Toujours jusqu’à la victoire!