La vie comme elle pousse

Le jardin, le lieu où l’effort, le plaisir et la méditation se rencontrent. La nature est généreuse, et si ça demande du travail, c’est du bonheur à portée de main.

Le surgélateur commence à bien se remplir. Haricots, courgette, petits pois, bettes et brocoli y ont déjà trouvé place. « On ne fait pas de potager pour faire des économies, dit André, je crois que je cultive davantage pour voir les légumes pousser que pour les manger !

Beaucoup de temps et d’efforts sont nécessaires, – parfois non récompensés quand ça ne pousse pas ou pas bien -, pour faire pousser un beau potager.  André ne s’en formalise pas, il apprend le métier…. ou plus exactement, il se donne à un loisir exigeant. Enseignant à la retraite, il a émigré vers la campagne et dispose d’un jardin d’une centaine de mètres carré. Bien assez pour développer un potager à des fins familiales. Et le jardin est un tout! Pour avoir des légumes, il ne suffit pas de bêcher et semer ! Il faut organiser la réserve d’eau, réparer les outils, penser au paillage, trouver le bon outillage et le ranger dans une cabane qu’il faut ordonner, tailler les haies… Et en plus, les plantations dans la nouvelle serre à planifier ! Faute d’expérience, André a raté ses tomates, cet été. Mais, il a semé de la mâche pour l’hiver. « Dans un jardin, dit-il, on va de découverte en découverte. J’aime chercher les bons trucs à adopter en fonction des caractéristiques de chaque légume et de la terre qui doit être gérée en fonction de sa nature initiale. J’avais de la terre trop argileuse, j’ai dû sabler, mettre du compost, et cette année j’ai passé une nouvelle étape : composter du crottin de cheval. Beaucoup de petites décisions doivent être prises à temps comme les dates de semis ! J’avais par exemple planté mes patates trop tôt, certaines ont gelé !”

Production naturelle sans agression chimique

Ce qu’aime André, c’est l’interaction avec les végétaux qui poussent. L’aspect esthétique n’est pas sa priorité. Mais il trouve plaisir à harmoniser les différentes lignes de légumes qu’il produit sans pesticide, herbicide, fongicide, insecticide ou autre anti-limaces.

Un jardinier ne se sent jamais seul. Soucieux de bons résultats, il va s’informer auprès des autres pratiquants, que ce soit par contact direct ou avec internet. Le partage de l’expérience de terrain, « je fais comme ceci ou comme cela », contribue à créer des liens. La culture des légumes est très variée, et il arrive régulièrement de ne savoir comment procéder. Certains maraichers visent l’autonomie alimentaire et veulent produire tout ce qu’ils mangent. On dit qu’avec cent mètres carré, c’est possible. Mais c’est difficile d’y parvenir.

Ecouter et voir la nature

« Le jardin pousse en silence, raconte André. Or, toutes les activités, y compris le soin aux animaux, sont fort bruyantes. Jardiner est une activité vitale qui se fait dans le calme.

La vie s’y déploie discrètement. Elle apparaît de manière autonome. Parfois je me dis : – tu n’as pas regardé assez. Les salades sont montées et tu n’as rien vu !- C’est une activité qui demande beaucoup d’observation.

Ce que j’aime bien, c’est l’émergence spontanée. Dans le sens où elles se fait par les lois de la nature sans l’intervention de l’homme. Les fleurs sauvages dans le jardin potager, ont aussi leur place. Elles ne deviennent gênantes que si elles sont envahissantes. »

Des semailles à la récolte, mais encore…

Après le semis ou repiquage, la pousse et la récolte, on peut laisser la plante aller plus loin pour voir apparaître les graines qui permettront la reproduction. Là, des économies sont possibles. Cultiver un jardin est coûteux et les graines sont chères. De plus, dans le commerce, ce sont très souvent des hybrides, donc infertiles et inutilisables pour une reproduction en cascade. Il faut donc racheter des graines chaque année. Alors, si on veut acclimater une plante à son microclimat, on ne peut faire les semis qu’avec des graines biologiques.

Un temps jamais perdu

Le jardinage est-il un loisir ? « Ce n’est pas une distraction, dit André, mais une activité intégrante, à partager avec d’autres, tout en se rapprochant de la vie des végétaux. C’est une besogne dure mais contemplative, qui met en contact direct avec la terre dans des tâches naturelles. Bien souvent, j’utilise mes mains et non les outils. La terre je la sens, je la hume. Si les mottes ne cassent pas sous la pression des doigts, il y a trop d’argile. La terre deviendra plus légère si on la protège par de la paille durant l’hiver. C’est peut-être curieux, mais je retrouve dans tous ces gestes le souvenir de mon grand-père qui était agriculteur et qui m’a appris à prendre la vie comme elle vient. Ainsi la pluie n’est plus perçue comme un empêchement mais comme un élément nécessaire aux plantes et à l’alimentation des nappes phréatiques. Au fond, je me sens entrer dans le fonctionnement de l’univers. J’y plonge à travers la relation au temps, à la lumière, au chaud-froid, à la terre, à l’eau. C’est un retour aux sources de la vie. Le jardinage c’est l’écho d’une philosophie voire d’une spiritualité qui se décline au rythme des saisons. »