« La poésie commence où la philosophie s’arrête »

Depuis l’âge de douze ans, Photis Ionatos chante les poètes grecs.
Arrivé en Belgique en 68 pour suivre des études universitaires, il y reste et fonde une famille. Son travail d’employé ne le détourne pas de son amour pour la poésie et de son plaisir de « gratter » la guitare. Il travaille son art et continue à se produire de façon non professionnelle. En 88, il sort le CD Itaque qui relance sa carrière et lui fait reprendre le chemin de la scène. Aujourd’hui, il sort son 14ème disque Elegio, une pure merveille !

Né grec, vous avez emporté en Belgique l’univers poétique de vos origines. Vous ne chantez que de la poésie ? Rien d’autre ?

Ce que j’aime, c’est mettre des poèmes en musique. Lire un poème c’est bien, mais l’entendre chanté, c’est tout autre chose. On le ressent physiquement. La poésie est un acte émotif. Pour moi, tout a commencé par la poésie libre et non versifiée, qui ne rime pas forcément. Tout commence par l’émotion, l’intellect intervient après et demande réflexion et introspection. La poésie grecque est pathétique et profonde. On ne peut la connaître simplement en lisant les vers. Il faut entendre entre les lignes. Aller au delà de ce qui est écrit. Le poète voit un monde que la majorité ne peut voir, même en écoutant vingt fois le même morceau. Car il faut lire ce que le poète n’écrit pas. Peu de gens comprennent et ressentent profondément la poésie. Tout comme la musique qui est écoutée comme un bruit de fond ou un bruit sélectif. Le grandiose d’un compositeur comme Mozart est peu entendu. Par deux pour cent peut-être ? C’est pareil pour la poésie. Les gens écoutent, vont au théâtre, regardent danser et tout leur semble couler de source, alors que l’artiste a travaillé des dizaines de milliers d’heures. L’art est un phénomène complexe et non perceptible dans sa totalité. Donc peu compris.

À quoi tient cette compréhension particulière? Est-il possible de l’atteindre ?

Cela tient à la sensibilité de la personne, à sa culture, et à la façon dont cela lui a été transmis… En fait je ne sais pas ! C’est intime. Pour ma part, je considère que la poésie commence là où philosophie s’arrête. Tous les systèmes philosophiques sont limités, la poésie ne l’est pas. Quand la pyramide philosophique arrive à son sommet, elle rencontre la contre-pyramide de la poésie qui part s’élargissant vers la transcendance du cosmos. La philo s’arrête là où la poésie commence.

D’où vient l’intitulé de votre dernier CD « Elegio » ?

Ce titre est un raccourci entre la langue française et la langue latine car le disque s’adresse aux hellénophones et aux francophones. Je voulais que l’auditeur soit également participant de cet album à partir de sa langue. On écoute trop souvent la poésie grecque à partir de stéréotypes culturels et une impression d’exotisme. En écoutant chanter grec, tout en disposant d’un texte en français, l’auditeur est mieux sensibilisé.

« Périple » votre avant-dernier disque et « Elegio » sont des succès. Même au Canada ![1] Vous ne vous en tiendrez pas là ?

La scène est finie pour moi. Ce qui m’importe, c’est d’être serviteur de la poésie et que les gens commencent à la comprendre. Cela n’exclut pas les mini-concerts dans les librairies où j’ai un vrai contact avec le public sans devoir vivre les aléas de la scène. Et puis je pense à un double album où j’interpréterai les grands compositeurs grecs que j’ai chanté lors de mes concerts et qui seront traduits ou récités en français. Tout ce qui compte pour moi, c’est d’exprimer mon amour pour la poésie et de la servir.

[su_note note_color=”#ffffff”]Elegio[2] se présente comme un livre-CD. Véritable cadeau, tant par sa musique que par sa présentation sobre en noir et blanc. Les textes des chansons y figurent en français. Il appartient à l’auditeur de se laisser emporter par le souffle de Photis Ionatos dont la voix grave et profonde permet à la poésie grecque de faire éclater toute son authenticité. L’artiste est un homme de feu, mais aussi un homme qui a atteint une maturité. Cela lui permet de se faire messager sans s’imposer, de donner des accents de tristesse, de joie ou même d’aventure ou de spiritualité, selon son inspiration travaillée par l’expérience de sa vie d’homme et d’exilé. Mais il est loin d’être seul dans sa créativité, et il sait s’entourer de compétences. Traducteurs, photographes, auteurs, musiciens et compositeurs ont été choisis avec soin. Photis Ionatos a le soutien de l’équipe « ça balance » qui fait partie du Service culturel de la Province de Liège. Celui-ci promotionne les jeunes compositeurs et les talents dans leur démarche professionnelle. Un travail d’équipe, de l’enthousiasme, du talent, de l’amitié… et la poésie se donne à toute oreille capable de réserver un peu de temps à l’écoute de la beauté.[/su_note]

Contact avec Photis Ionatos : odysseas1950@outlook.com

Pour les personnes qui désirent se procurer le disque/livre, “ELEGIO” est disponible aux librairies PAX et LIVRE AUX TRESORS de Liège

www.librairiepax.behttp://www.livreauxtresors.be


[1] http://www.ledevoir.com/culture/musique/506473/elegio-photis-ionatos

[2] https://www.youtube.com/watch?v=4WtWXvQPzCI&feature=youtu.be