La France déconfite

Emmanuel Macron (En Marche!) 24,01%, Marine Le Pen (Front National) 21,30%, François Fillon (Les Républicains) 20,01%, Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) 19,58%, Benoit Hamon (Parti Socialiste) 6,36%… Le premier tour de l’élection présidentielle française a livré son verdict.

JLM sur tout le pays

Nombreux sont ceux qui cherchent une synthèse parlante entre la justice sociale (avec une répartition de la richesse), l’écologie active (avec des actions en profondeur), l’assainissement de la vie représentative (des institutions lisibles), la politique de paix et d’ouverture aux victimes (désarmer et accueillir) et une joie d’agir qui anime les gens pour les transformer en citoyens altruistes et responsables.

On pensait avoir atteint cette synthèse prometteuse, du moins dans les textes de programme des équipes de Jean-Luc Mélenchon. Peut-on appeler ici à se procurer tous ces textes, et à s’en imprégner? C’est facile, sur www.JLM2017.fr!

En plusieurs endroits de France, particulièrement représentatifs des difficultés du pays, JLM a gagné le premier tour. La Seine-Saint-Denis, le Nord de Paris, où les populations se mélangent sur décor de détresse sociale, a accordé 34% à Mélenchon. A Marseille, emblématique des défis méditerranéens, JLM (25%) passe en tête devant Le Pen. Comme près de chez nous, le canton de Givet ayant opté pour une première place de JLM.

Hors des poches riches, avec comme exemples Neuilly, à l’ouest de Paris, Aix-en-Provence, Cannes, ou Deauville, le candidat de la France insoumise réalise des scores qui témoignent d’une bonne présence sur tout le territoire. 7.000.000 de voix n’ont pas suffi. A gauche, Mélenchon a fait la campagne la plus belle qui se puisse concevoir et réaliser. Il touche les 20%, ce qui fait beaucoup car il n’a masqué aucun enjeu délicat ni aucune difficulté. Il n’a pas louvoyé. Il a tablé sur une fraternité nouvelle.

Gauche responsable et gauche irresponsable, idem

En l’absence totale de toute éthique, de toute vision, et de toute responsabilité, l’appareil socialiste s’est dispersé, qui dans un soutien à Macron, qui dans le silence coupable, qui dans l’hypocrisie, pour faire battre son propre candidat. Et Hamon a pris la responsabilité de ne pas utiliser ce désastre en rejoignant Mélenchon pour le placer au deuxième tour, bouclant la boucle de la responsabilité socialiste dans le résultat. La gauche hautaine dite «de gouvernement» préfère tout et n’importe quoi à Mélenchon.

L’extrême-gauche ne fait rien comme résultat , si ce n’est faire battre Mélenchon, à qui il a manqué si peu de chose. Rabâcheuse, passée, irresponsable, elle n’aime rien tant que la droite gagnante.

L’écologie ne verra aucun de ses thèmes au deuxième tour. L’appareil vert n’a sans doute pas lu le programme de Mélenchon.

Droite minable et droite propre

La droite française avait besoin d’un sérieux lifting. C’est fait. Macron, le cheval de rechange de l’économie libérale, bien préparé depuis un an, largement soutenu par les médias, sera président de la France.

Les gagne-petit, revanchards, provinciaux de la nation, nationalistes de province, épiscopaux parfois, fesse-mathieu, pétainistes dans le fond, n’avaient rien trouvé de mieux que de présenter le meilleur d’entre eux, Fillon. Et d’insister pour y croire encore quand ce dernier a laissé paraître sa fourberie avec ses affaires maritales, paternelles, vestimentaires, horlogères, châtelaines, et pour tout dire minables.

Les lepénistes ne sont pas gérables dans l’économie de marché, trop bruns, ou trop gros rouge, trop frontières. Ils ne collent pas dans les espaces des ministères, ils n’aiment pas l’air des marchés internationaux. Ils pourraient casser les lustres. On les maintiendra dans l’isolement, comme un abcès qu’on laisse grossir. L’extrême-droite est à un niveau plus élevé, aujourd’hui parfaitement banalisé.

La droite française était donnée gagnante par elle-même bien sûr, et par presque tout le monde. Elle a réussi l’exploit de perdre, tout en restant à un niveau élevé pour son candidat Fillon qui, partout ailleurs, aurait été balayé.

Individualité – Inégalité – Compétitivité, ce tiercé gagnant a prévalu sur le trio Fermeté – Nationalité – Sécurité.

Il n’y aura pas de VIe République pour ramener la devise nationale à l’ordre du jour. Rendez-vous aux législatives pour voir que la France ne sera ni coupée en deux, ni pliée en quatre mais bien déchirée.