Grandir par les petits chemins

En 2012, dans la commune de Rochefort, quelques jeunes mamans créent un collectif de réflexion autour de l’éducation des enfants. Elles se greffent à deux mouvements citoyens porteurs d’initiatives, Colibris Famenne et Rochefort en transition. Et voilà comment un groupe de mamans crée une petite école en plein village de Lessive.

Charlotte Lecomte, institutrice expérimentée en fait partie. Il faut dire qu’elle a bien roulé sa bosse de l’Afrique à Bruxelles en passant par plusieurs écoles et villages, en tant qu’enseignante ou comme animatrice en initiation aux beaux-arts. Mais surtout, elle découvre l’école de Humain dans la commune de Marche en Famenne qui s’inspire de la pédagogie active de Freinet. Elle y travaille bénévolement et observe que pour un·e enseignant·e primaire, avoir 15 ou 27 élèves, n’est vraiment pas pareil car les enfants peuvent être davantage laissés à leur rythme et à leur liberté d’initiative.

Le petit groupe de réflexion lance alors quelques ateliers, conférences où viennent beaucoup de parents mais guère d’enseignants. Et peu à peu se développe l’idée de créer l’école des Petits Chemins. Le groupe explore les différents réseaux d’enseignement, avec pour principe de créer une école accessible à tous. Mais leur souci, c’est que dans tous réseaux subsidiés, il y a un système d’engagement des enseignants en fonction de leur ancienneté et/ou nomination, ce qui fait donc courir le risque d’en voir arriver qui seraient peu convaincus par les pédagogies alternatives ainsi que leurs valeurs.

Se former pour avancer

Charlotte Lecomte a suivi et suit encore plusieurs formations autour des pédagogies actives. Notamment en France, à l’école du Colibri, les Amanins, et à la Ferme des enfants avec Sophie Rabhi. Ces écoles privées sont assez chères, même si parfois les parents peuvent payer en nature. Et puis, importante découverte avec le Jardin de Physalis inspiré de la pédagogie Steiner à Mont-Godinne. Le projet est agréé par l’ONE sous le statut de halte garderie, ce qui permet un remboursement partiel du minerval qui dépasse à peine les 100 euros par mois. «C’est une bonne façon de démarrer, se disent les dames de Rochefort, et puisque nous avons de la demande dans la région, on y va!» Entretemps, Charlotte Lecomte a suivi la formation AFFA de Crédal. Ce programme d’accompagnement et de formation pour les femmes leur permet de structurer et concrétiser un projet d’entreprise.

À Lessive, on se lance

Après une petite année de démarches allant de l’élaboration du projet pédagogique à la visite de pompiers, en passant par un crowdfunding qui leur fait engranger 6000 euros, la petite école s’ouvre au rez-de-chaussée de la maison des parents de Charlotte qui vivent à l’étranger. Charlotte vient d’accoucher en juillet 2015 de son deuxième enfant quand elle entame au mois d’août une formation à la pédagogie Steiner de 3 ans organisée par l’asbl EVIE. Elle est à pied d’œuvre en septembre 2016 pour ouvrir sa classe. C’est elle la jardinière engagée à temps plein, mais elles sont cinq à porter le projet, soutenues par les groupes «Colibris Famenne» et «Rochefort en Transition» qui accompagnent leur réflexion pédagogique.

«La pédagogie Steiner me nourrit énormément au fil des saisons. Je l’utilise pour moi-même, mais aussi en tant que maman et enseignante». Charlotte y voit un intérêt à la fois spirituel et créatif dans la méthode qui essaie de rendre l’enfant à être plus autonome. Mais elle insiste en disant qu’aux petits chemins on ne veut rien de dogmatique, on s’inspire aussi de Montessori, Decroly, Freinet…

«Ici nous sommes bien organisées. Une maman d’élève, médecin généraliste a diminué son temps de travail dans une maison médicale à Houyet et s’occupe de toute l’administration. Il y a au moins trois personnes bénévoles par semaine pour m’aider de 10h à 13h, chacune à son tour. Ces personnes m’aident pour emmener les enfants à la ferme ou se promener en forêt, à la rivière et il n’est pas rare que deux dames âgées du village nous accompagnent. Les autres jours, lundi et vendredi, je reste au jardin-potager. Les enfants sont adorables. Le matin, nous commençons par une activité de vingt minutes (fabrication du pain, travaux manuels, peinture, rondes…) et après ils jouent librement. Je leur raconte des histoires tous les jours. Nous chantons, cuisinons, jardinons. Je fais même la sieste avec eux l’après-midi. On essaie de travailler sur la bonté, le partage, et la découverte de la nature. J’aime mon métier, mais j’espère toujours le faire évoluer, rester en formation continue toute ma vie! J’ai envie de «monter» avec les élèves. On est en train de réfléchir entre parents d’enfants inscrits pour ouvrir l’année prochaine, une classe 5-8 ans pour une dizaine d’enfants.»

L’école des Petits chemins accueille aujourd’hui douze enfants de 2 ans et demi à 5 ans. Des papas ont rejoint l’équipe organisatrice, notamment pour soutenir quelques activités lucratives pour boucler le budget. Les parents sont très participatifs.
«Je vis mes plus belles années, reconnaît Charlotte Lecomte. Je n’ai jamais autant senti et apprécié les saisons comme lors de nos promenades avec mes petits élèves.»