Et si l’Europe nous rendait fous?

Régression du Quotient intellectuel

Les études successives du quotient intellectuel des populations ont révélé une tendance séculaire de croissance progressive du QI. Celui-ci est en fait une mesure de l’amélioration des compétences cérébrales au sens quasi mécanique du terme.

Les mesures effectuées depuis la fin du 20ème siècle en Finlande, Norvège, Danemark, Royaume-Uni, Pays-Bas, Suède, Australie, etc. révèlent au contraire une diminution sensible de ces performances.

Deux chercheurs spécialisés sur cette question, Edward Dutton (Université d’Oulu, Finlande) et Richard Lynn (Université d’Ulster, Royaume-Uni) ont publié en 2015 une étude menée en France. Celle-ci confirmait leurs études précédentes: le QI moyen en France aurait perdu près de 4 points entre 1999 et 2009, ce qui est très impressionnant à l’échelle d’une population.

On pourrait mettre en question ces études menées sur des échantillons. Mais en Finlande, où l’étude est menée systématiquement sur une très grande population, grâce à la conscription toujours en vigueur dans ce pays, la baisse est aussi confirmée. Les deux mêmes auteurs, dans une étude publiée en 2013, révèlent là aussi une chute de 2 points entre 1997 et 2009, mesurée avec une grande précision. Les 3 fonctions cognitives testées — représentation des formes, arithmétique et raisonnement verbal — sont toutes en régression.


Quotient intellectuel et environnement

Il nous paraît «naturel» que des fonctions corporelles de notre être humain puissent être altérées par diverses dégradations de notre environnement: intoxication du foie ou du pancréas; altération des glandes mammaires ou de la prostate. Et nous comprenons que ces fonctions soient perturbées par des polluants présents dans notre environnement. Que finalement cet environnement pollué soit responsable de nombreuses affections et maladies.

Quant à imaginer que notre cerveau, organe central de notre intelligence et de nos capacités cognitives, puisse lui aussi être affecté et endommagé par les dégradations de notre environnement, cela interpelle davantage cette intelligence!

Et pourtant… Un ouvrage savant de Barbara Demeneix, publié en mai 2016 aux Editions Odile Jacob (1) (416 pages – 39,90 €) démontre comment de nombreuses substances présentes dans notre environnement domestique (solvants, plastiques, etc.) ou dans notre chaîne alimentaire (pesticides, additifs, etc.) peuvent altérer nos structures cérébrales, notamment dans la période intra-utérine. Barbara Demeneix, spécialiste du système thyroïdien, travaille depuis plus de dix ans sur ces questions. Elle a revisité toutes les connaissances accumulées en épidémiologie, endocrinologie et biologie du développement. Elle estime en conclusion qu’il y a une forte corrélation entre l’exposition généralisée de nos populations aux perturbateurs endocriniens et l’augmentation de troubles neurocomportementaux: troubles de l’attention, hyperactivité, autisme, etc.


Que vient faire l’Europe dans cette galère?

Nous avions déjà attiré l’attention de nos lecteurs sur les insuffisances européennes en matière de gestion de l’environnement ET de la santé publique (2).

Mais une actualité récente soulève un «tollé contre Bruxelles» (3). C’est que mercredi dernier, 15 juin 2016, avec deux ans et demi de retard et une condamnation de la Cour de Justice de l’Union européenne (4), la Commission européenne a proposé des critères d’identification des perturbateurs endocriniens qui devraient permettre de les retirer du marché. Mais cette proposition exige des niveaux de preuve tellement élevés qu’ils sont presque inatteignables. C’est la raison pour laquelle des centres de recherche universitaire, des organisations non-gouvernementales de santé publique et même certains Etats membres de l’UE, sont scandalisées par cette proposition de la Commission.

Cette proposition de la Commission doit encore être approuvée par le Conseil (les Etats membres de l’UE) avant d’être soumise au Parlement européen. Rien n’est donc encore définitif.

Mesdames et Messieurs, Chefs d’Etats et de gouvernements de l’Union européenne,
Mesdames et Messieurs les Députés européens,
Pouvons-nous compter sur votre intelligence toujours lucide et éveillée, afin que les générations héritant de la nôtre ne connaissent pas une intelligence drastiquement réduite?


1. “Le Cerveau endommagé: Comment la pollution altère notre intelligence et notre santé”.
Barbara Demeneix est biologiste. Internationalement reconnue pour ses travaux en endocrinologie sur l’hormone thyroïdienne et les perturbateurs endocriniens, elle est à l’origine d’une technologie originale et innovante permettant l’identification de polluants environnementaux. Elle a reçu la Médaille de l’Innovation du CNRS. Elle dirige le laboratoire «Évolution des régulations endocriniennes» du Muséum d’histoire naturelle.

Extrait de la 4ème de couverture: L’impact des polluants sur notre corps et sur nos capacités cérébrales. En partant d’observations concluant à la présence de différentes substances polluantes dans notre environnement (pesticides, plastifiants, résidus de médicaments, etc), et en analysant des données montrant leurs effets sur le développement hormonal, Barbara Demeneix est parvenue à une conclusion inquiétante : les capacités intellectuelles des générations futures sont sérieusement compromises.
On sait que les perturbateurs endocriniens affectent la reproduction et la fertilité, ont une incidence sur les cancers, le développement du cerveau, le métabolisme et l’équilibre énergétique. Des études récentes montrent que le nombre d’enfants atteints de dérèglements thyroïdiens congénitaux, de désordres du spectre autistique ou d’hyperactivité est en augmentation constante.

2. https://www.pour.press/nuews, 7 mars 2016.

3. Stéphane Horel: “Perturbateurs endocriniens: tollé contre Bruxelles”, Le Monde, 17 juin 2016.

4. http://curia.europa.eu/jcms/upload/docs/application/pdf/2015-12/cp150145fr.pdf: «En n’adoptant pas des actes concernant la spécification des critères scientifiques pour la détermination des propriétés perturbant le système endocrinien, la Commission a violé le droit de l’Union.»

One thought on “Et si l’Europe nous rendait fous?

  • Jean-Marie Daubrege

    1) l’avenir de la population européenne,, ils s’en foutent! Plus les gens seront cons, plus ils voteront pour eux!
    2) il y a un facteur d’abrutissement qui n’est pas pris en compte, la télévision et tous ses dérivés sur écrans… Les jeux vidéos ont beaucoup fait pour l’oubli de ce que Manhattan est aux Etats-Unis…

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