Du Repair Café à l’école, en passant par l’Antarctique…

Dans un paysage de vastes prairies, un superbe bâtiment. Est-ce là une ferme? Une école? Un habitat groupé? Un atelier? Un coin pour les artistes? … se demande la visiteuse, les yeux écarquillés, en pénétrant dans la cour de la ferme de la Grande Cense à Jassogne.

Le propriétaire de la ferme s’approche d’un bon pas. Allure jeune et sportive, sourire large, regard pétillant. D’entrée de jeu, il invite à rencontrer ses amis du Repair Café en pleine activité ce samedi après-midi. Lancé il y a un an, l’atelier bénéficie d’une belle salle dans le corps de ferme. Tenu par une dizaine de réparateurs, il peut (presque) tout réparer: de l’informatique à la couture en passant par l’électro-ménager, la menuiserie, l’affutage, la soudure ou autres originalités. Les pannes et accros présentent une grande diversité de problèmes.

Retour à la campagne

2004. André Diez en a assez de la ville et quitte Liège pour se trouver une maison à la campagne. Bingo, en un clin d’œil, à savoir une petite annonce, il découvre le lieu idéal. Mais il ne pourra l’acquérir et y emménager qu’un an plus tard. Une importante rénovation l’attend. Heureusement, entrepreneur en bâtiment, l’homme sait y faire pour mener un chantier important. Costaud, il n’a pas peur du travail!

« Je me suis formé sur le tas, aimant travailler manuellement, comme je l’avais fait dans la petite ferme de mes parents, dit André Diez. En même temps, je vivais dans un projet de communauté d’inspiration communiste avec quatre familles. J’ai toujours été dans l’associatif et impliqué dans différents groupes. C’est ainsi que j’ai connu « Pour écrire la liberté » et regretté que l’attentat ait tout flanqué par terre. Ce qui m’intéressait et m’intéresse toujours, c’est de participer à une transformation de la société, et que les choses changent. J’ai lancé avec Alain Hubert, que j’avais rencontré sur un chantier, et Pierre Antoine, une coopérative de construction spécialisée en menuiserie-ébénisterie: Cherbai. Elle existe toujours mais après cinq ou six ans, on a partagé l’activité et j’ai lancé ma propre entreprise prenant la partie construction et les deux autres gardant la menuiserie ».

Une ferme pour faire quoi?

Acquérir la ferme de la Grande Cense fut un coup de cœur pour André Diez. Père de quatre enfants devenus adultes, il se sentait prêt à lancer ce projet de rénovation et de reconstruction colossal, le bâtiment faisant 1700 mètres carré de toiture! Mais à quoi allait-il servir? Petit à petit, au fur et à mesure de l’avancement des travaux, André Diez accueille des locataires. Aujourd’hui, une quinzaine de personnes y vivent. Et puis un matin, débarquent dans la cour deux jeunes institutrices, Marie et Delphine. Elles dirigent une école Steiner à Bois de Villers, et voudraient s’agrandir. Le lieu leur plaît. André Diez se sent en manque d’activité plus sociale ou communautaire, et il ne réfléchit pas longtemps avant de dire oui. Commence alors les démarches pour obtenir, non sans mal, les autorisations nécessaires pour ouvrir l’école. Il a fallu ensuite agrandir l’espace disponible et ce ne fut pas sans incident. Voilà maintenant un an et demi que l’école existe avec 85 enfants. Une école qui ne perturbe guère le hameau. « Ce sont des enfants calmes qui ne crient pas en récréation », commente André admiratif.

p1080522Même l‘Antarctique

André Diez avance bien dans son chantier à Jassogne. Mais cela ne l’empêche pas de répondre à d’autres opportunités de travail. Ainsi la proposition d’Alain Hubert qui a besoin de lui quelques mois pour sa deuxième mission en octobre 2007 sur la station polaire Princesse Élisabeth. Une belle aventure! Ensuite, dans un tout autre domaine, André Diez va donner un coup de main, pendant cinq ans, au redressement de la coopérative fromagère Ferme de Méan dont on connaît la notoriété.

André Diez se sent-il un homme de gauche ? « Je ne suis pas militant, répond-il. Aujourd’hui cela veut dire faire partie d’une organisation, mais là je n’ai jamais été très à mon aise. Les réunions sont peu intéressantes. Je pense qu’il vaut mieux balayer devant sa porte. Que chacun vive sans pesticide au lieu d’emmerder le fermier. Mes engagements sont personnels et peu organisés. Je ne me sens pas bien dans le rôle de patron et je préfère travailler avec des indépendants et développer des relations amicales et informelles. »

Donc, un homme heureux?

«Oui, mais avec un bémol. Depuis quelques années, je suis dans une période difficile. J’ai dû faire face à une séparation et j’ai du mal à faire le virage de la pension. Le fait du vieillissement me touche. Avant je pouvais faire deux temps plein avec plaisir, et maintenant un seul me suffit largement! La récupération du corps est plus lente. La mémoire me prend parfois en défaut. Mais je me sens ressourcé par le projet d’école et le Repair Café. De plus, j’ai pu aménager la grange en salle d’exposition. Pour le moment, s’y trouvent les œuvres de l’artiste liégeois, Roel Goussey qui est venu créer ici. J’aime soutenir le travail des gens chouettes, qui permettent de nouer de belles collaborations, qui bossent pour la société et vivent dans les valeurs de citoyenneté, d’écologie… Dans les initiatives en transition je me retrouve à cent pour cent.»