Drapeaux en colère

Les observateurs de la géopolitique sont unanimes: ces derniers temps, montent les tensions internationales et ce à un point tel qu’ils sont de plus en plus nombreux à évoquer une atmosphère de guerre. Comme Monsieur et Madame Toulemonde, je regarde les journaux télévisés et quelque chose attire mon attention: la multiplication de ces hommes sur une tribune, discourant, le verbe haut, devant une foule qui les acclame de temps à autre en agitant hystériquement des forêts de drapeaux. Cela m’a rappelé d’autres images, de sinistre mémoire.

Alors, j’ai regardé mieux et me suis autorisé un tiercé de ceux qui, aujourd’hui, ont le pouvoir (et le vouloir) de faire se lever les étendards brandis par des foules en colère.

Premier, quasi hors catégorie, Recep Erdogan, celui qu’on surnomme le nouveau sultan. Celui-là, manifestement, est toujours inconsolable de la chute de l’Empire ottoman. Fond rouge (sang?), croissant et étoile blancs, du plus bel effet sous le brillant soleil d’Istanbul.

Deuxièmes, pas mal non plus, les rassemblements de soutien aux candidats de droite à la présidentielle française, avec la palme à François Fillon qui a réussi un très beau spectacle avec sa manifestation au Trocadéro afin de défendre son honneur face aux méchantes attaques de juges et de médias qui n’ont pas compris qu’il incarnait l’honnêteté et la probité. Bleu, blanc, rouge, trois couleurs que l’on avait admirées en des occasions un peu plus glorieuses. Tiens, vous avez remarqué que tous les slogans de campagne des candidats d’outre-Quiévrain, même dits de gauche, comportent le mot «France», qu’elle soit «insoumise» qu’on veuille «faire battre son cœur» ou la mettre «en marche». Nos voisins seraient-ils distraits au point qu’il faille leur rappeler qu’ils ne voteront ni pour le Honduras ni pour la Wallonie (à laquelle certains voudraient rattacher le pays de Voltaire et d’Hugo).

Troisième enfin, Donald Trump. Beaucoup de monde, d’énergie, d’agressivité et de selfies mais quelle déception quant à la forme: de vulgaire affiches disparates avec le nom du mec ou celui de son colistier. Moche, moche, vraiment. Quand on dispose de la Star-Spangled Banner (avec majuscules, s’il vous plait!), on pourrait faire beaucoup mieux. Et puis, c’est vraiment trop désordonné. L’hyper-individualisme à l’américaine peut-être?

On peut essayer d’en rire, comme je le fais, mais quand même… Cette constante: la «grandeur de la France», «America Great again», «Deutschland über alles», ça fait peur quand on vit dans un petit pays si souvent traversé par les hordes de guerriers mûs par un idéal patriotique qui leur fait croire qu’ils sont les porte-drapeaux d’un peuple ou d’une terre élue.

Décidément, je n’aime pas les drapeaux et s’il fallait n’en brandir qu’un seul, bien que n’étant pas de ce bord-là, je choisirais celui de la communauté lgbt, celui-là est de toutes les couleurs. Mais, mais… ça ressemble beaucoup à celui de la paix…