CETA et cetera

Depuis la signature à l’arraché entre l’Union européenne et le Canada, l’actualité du CETA a faibli. Cependant, il y a encore matière à réflexion avec diverses ressources et non des moindres.

Une étude d’impact in french

Commençons avec l’étude d’impact menée par Pierre Kohler et Servaas Storm, qu’a publiée l’université de Tufts (USA) en septembre dernier. «L’AECG sans œillères: Comment couper les «coûts du commerce et davantage encore» causera du chômage, des inégalités et des pertes économiques» constituait un intitulé prometteur. Et le contenu s’est avéré dévastateur, notamment avec un chiffre qui en imposait: plus de 200.000 pertes d’emploi en Europe à l’horizon 2023.

Cette étude a fait son chemin car elle revendique un outil d’analyse (United Nations Global Policy Model) qui différe de celui privilégié par les rares travaux du même genre. Ceux-là, commandés par les instances officielles, partent «d’un même modèle commercial, lequel présuppose le plein emploi et une distribution neutre des revenus dans tous les pays, excluant ainsi d’emblée l’ensemble des risques considérables qu’entraîne un approfondissement de la libéralisation». L’approche de Kohler et Storm est nettement plus réaliste et offre des résultats radicalement différents, négatifs en l’occurrence.
La version française est maintenant disponible soit en résumé, soit l’étude compléte.

Le “nouveau” CETA décrypté

En France, l’AITEC s’est penché sur le CETA revisité. En pointe dans le mouvement de résistance à la politique de commerce et d’investissement de l’Union européenne, l’association a collaboré à plusieurs études sur les traités transatlantiques. Ici, il s’agit d’un travail mené en solo. Nouveau CETA ou mystification propose un décryptage du «paquet» de documents qui composent aujourd’hui cet accord. Sur 20 pages, les mesures présentées comme des «avancées» font l’objet d’un examen systématique.

La conclusion est abrupte. Des éclaircissements sont effectivement apportés au traité et la saisine de la Cour de Justice de l’Union européenne pourrait le rendre illégal. Mais in fine, ce qui a été signé le 30 octobre «demeure ce que les négociateurs, les États membres et le gouvernement canadien ont voulu qu’il soit: l’instrument offert aux lobbies industriels et financiers pour leur permettre de réécrire nos lois, nos normes et nos réglementations, au détriment des consommateurs, usagers ou travailleurs comme à celui de notre planète».

Deux questions judicieuses et une mise au point

Raoul Marc Jennar, opposant de la première heure aux TTIP, CETA et autres TiSA, livrera également d’ici peu son analyse du texte renégocié. Pour l’heure, il s’interroge. Les 38 documents interprétatifs de l’accord avec le Canada ne sont toujours pas publiés au Journal Officiel de l’UE. Et cela pose effectivement question puisque ces documents forment un tout indissociable de l’accord.

Si vous avez besoin d’une séance de rattrapage sur la spécificité du CETA, un débat en radio vous comblera. Pourquoi le CETA n’est pas un accord comme les autres est un échange apaisé, même si les avis divergent, et approfondi. Y ont participé Mathilde Dupré, chargée de campagne à l’Institut VeblenChloé Stevenson, chargée de campagne à foodwatch France et Elvire Fabry, chercheuse à Notre Europe – Institut Jacques Delors.

Terminons avec la cerise sur le gâteau ou disons the cherry on the cake. Paul Magnette s’est fendu d’une tribune dans The Guardian, titrée «La Wallonie a bloqué un accord commercial nocif — mais nous ne partageons pas les rêves de Trump». Histoire de contrer les détracteurs de la Wallonie et de restaurer l’image de la région à l’étranger à la suite de ce qu’il nomme lui-même un soap opera.

Le ministre-président wallon réfute d’abord toute analogie entre la position wallonne et celle d’un Trump. Il rétablit ensuite quelques vérités premières sur cette quinzaine particulièrement agitée mais aussi sur la période qui l’a précédée. Pour conclure plus généralement que «Bruxelles doit comprendre que si l’on souhaite réconcilier l’UE avec ses citoyens et éviter un autre Brexit, il faut entendre le désir d’un monde où le commerce n’est pas au centre de tout».