C’est le déluge…

A mon fils Noé, à mes autres fils Tom, Gaspar et Charlie, à nos frères.

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C’est le déluge. Depuis des années.

Il va falloir dire plus que le silence, la consternation et la colère.

Il va falloir choisir une voie et il n’y aura pas de consensus. Certains chercheront la sécurité par le sécuritaire. Si tu veux la paix, prépare la guerre. D’autres tisseront dans la solidarité un filet de sécurité sociale, universelle, ouverte et accueillante.

Il va falloir garder le cap pendant plusieurs années. Tenir malgré de nouvelles morts, peut-être même malgré la nôtre, parce que personne n’est a priori épargné.

Il va falloir tenir face à ceux qui, le filet à peine entamé, le railleront parce qu’il ne pêche rien. Face à ceux qui n’auront pas envie de tisser et qui préfèreront tirer.

Il va falloir tenir en coexistant longtemps entre tisseurs et tireurs.

Cela va probablement prendre une génération avant de voir apparaître la terre, et d’abord simplement une colombe, un signe que vivre ensemble est de nouveau possible.

Il va falloir que la paix se construise, le temps d’une gestation. Il va falloir choisir entre tisser et tirer. Et lorsque le choix de tisser sera pris, il va falloir tenir parce que le déluge n’en est qu’à ses débuts, du moins pour ceux qui n’ont pas vu comme il pleuvait ailleurs et partout dans le monde depuis longtemps.

Pierre Verbeeren
directeur de Médecins du Monde