Ce sera “NIET”!

Pourquoi, est-ce que sur les 1.400 appellations d’origine contrôlées en Europe (dont le jambon d’Ardenne), le  traité CETA n’en protège-t-il que 145? Et aucune belge ?…

Traité CETA
Une interview de Pascal Arimont,
Membre PPE du Parlement européen,
représentant de la Communauté germanophone de Belgique
Dolk01-copie
Dolk http://www.dolk.no

POUR : Vous êtes député au Parlement européen, élu par la communauté germanophone de Belgique en tant que membre du Christlich Soziale Partei. Etes-vous chrétien pratiquant? Est-ce que ce choix guide vos options politiques et sociales?

J’ai grandi dans une famille modeste d’agriculteurs et j’ai reçu une éducation catholique auprès de mes parents et grands-parents vivant sous le même toit. J’en ai hérité des valeurs fondamentales de respect mutuel et de solidarité qui m’inspirent toujours. Je reste chrétien pratiquant même si j’ai beaucoup relativisé les discours religieux traditionnels et suis très critique vis-à-vis des institutions d’Eglise.

J’ai pu choisir librement mes études : philologie classique avant le Droit qui m’a fait avocat.

POUR : Comment vous êtes-vous engagé dans la politique?

Très insatisfait, par exemple du réchauffement climatique ou des insuffisances démocratiques dans notre société, j’ai voulu m’engager pour agir et faire bouger les choses. Mais avec le souci constant de trouver de bons compromis.

“Je préfèrerais quitter mes fonctions politiques plutôt que de me renier”

POUR : Peut-on faire de tels compromis sur le Traité transatlantique ? Ne s’inscrit-il pas dans un sens opposé au «compromis équilibré» que représentait le capitalisme rhénan, entre les intérêts économiques et financiers, et le développement social?

Sur le CETA, traité UE-Canada qui est bouclé, je peux me prononcer après un début d’analyse des textes. Et je peux me prononcer contre ce Traité qui s’inscrit en effet dans une perspective de capitalisme économique et financier plus préoccupé des profits que du développement humain. Cela est pour moi trop éloigné des valeurs de consensus social que de nombreuses PME (le plus grand nombre d’employeurs en Europe) recherchent encore.

POUR : Mais les lobbies très actifs ne privilégient-ils pas les intérêts des grandes sociétés multinationales?

Je le crains.

POUR : N’est-il pas étonnant qu’un sujet aussi important que ces traités avec le Canada et maintenant avec les USA ait été pratiquement ignoré au cours de la dernière campagne électorale européenne, et que tout ce travail de négociation soit conduit principalement par des technocrates sous influence des lobbies industriels?

Je dois vous dire que ces traités CETA et TTIP étaient bien au cœur de ma campagne électorale et des débats politiques en Communauté germanophone.

J’avais affirmé alors que je ne voterais pas un traité qui abaisserait les acquis et valeurs démocratiques en Europe. Je me tiendrai à cet engagement.

J’ai fait une première analyse du CETA qui révèle que sur les 1.400 appellations d’origine en Europe (dont le jambon d’Ardenne), le traité à ratifier en protège 145 seulement. Ceci est confirmé par la Commission: «C’est le résultat de la négociation». Mme Jourova, Commissaire en charge des Consommateurs, ne peut s’engager à un meilleur résultat sur ce point dans la négociation TTIP en cours: «Je n’ai pas connaissance de la négociation sur ce point» dit-elle.

Sachant qu’une négociation se conclut toujours par un compromis, je ne peux pas croire qu’aucune norme européenne ne sera sacrifiée dans la négociation, contrairement aux grands discours des tenants et négociateurs du TTIP.

POUR : Comment se fait-il que les Commissaires européens, qui devraient être les meilleurs avocats du peuple européen, défendent au contraire des points de vue contraires aux intérêts généraux et particuliers de nos populations?

Vous n’auriez pas pu mieux exprimer ce que je pense, en effet. Etant moi-même avocat, et m’étant engagé pour les gens, dans la cadre local de ma Communauté germanophone, mais au service de plus de 500 millions de citoyens européens, je serai fidèle à ces engagements et n’approuverai donc pas un Traité qui s’opposerait aux valeurs démocratiques que je défends. Si je ne pouvais pas agir en ce sens, je préférerais quitter mes fonctions politiques plutôt que de me renier.

POUR : Veut-on encore la démocratie quand le traité en projet prévoit de confier à un Conseil de réglementation constitué de technocrates les travaux d’harmonisation et d’orientation de nouvelles normes?

Je préférerais que l’on abandonne ce projet de traité et que l’on travaille sérieusement au renforcement économique et social du marché intérieur européen et que l’on développe nos capacités d’innovation technologique, scientifique et aussi sociale. L’Europe devrait rechercher aussi une harmonisation dans les matières sociale et fiscale qui restent aujourd’hui de la compétence des Etats membres individuellement et non de l’Union Européenne. J’attends ce grand dessein des autorités européennes.

Une voix sur 751, c’est peu; mon poids au sein du groupe PPE n’est pas non plus celui d’une vedette de ce groupe, mais le TTIP étant, selon mes informations, de nature mixte (européenne et nationale), il devra être ratifié par le Parlement européen puis par les parlements nationaux. Chez nous, spécificité belge, il devra être ratifié par le parlement fédéral et par les parlements régionaux et communautaires. Le seul rejet de la Communauté germanophone suffirait donc à rejeter le Traité. Dans ce but, les sociaux-chrétiens germanophones ont déposé dans leur parlement un projet de résolution demandant l’arrêt des négociations du TTIP.

POUR : Si le groupe PPE demande une discipline de vote, serez-vous  «frondeur» au sein du groupe?

Oui, je serai frondeur.

POUR : Sur le CETA, vous êtes aussi décidé à voter contre?

Bien entendu c’est « Niet ».

Propos recueillis par Robert Polet et Jean-Claude Garot