Blocage de la BNP : récit d’un jeune manifestant pour le climat

Un blocage du centre d’investissements de la banque BNP Paribas Fortis a réuni des activistes de Act For Climate Justice ainsi que des gilets jaunes ce lundi 18 mars au petit matin. Cette action s‘inscrivait dans l’Acte 3 de Act For Climate Justice, nommé “ Wake Up Your Bank ! ”, campagne coordonnée entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles.

Ainsi, le dépôt pétrolier de TOTAL à Feluy a été bloqué dans la nuit de dimanche à lundi par des gilets jaunes de Actions citoyennes contre les mesures gouvernementales et Act for Climate Justice. Des actions ont également été menées au canal Gand-Terneuzen, devant l’usine Cargill à Gand, et le centre d’investissement de la banque BNP Paribas Fortis à Bruxelles fût bloqué par environ 150 activistes à partir de 7h15, et jusqu’à 12h30. Plus de 250 distributeurs bancaires à travers tout le pays (Namur, Liège, Gand, Anvers, Bruxelles, Mons, Nivelles, Gembloux) ont également été ciblés par des activistes au cours de la nuit. Ils y ont apposés des autocollants avec le message “Les banques financent la fin du monde et volent nos fins de mois. Agissons pour ne pas leur laisser ce pouvoir.”

Avec deux autres copains de Génération Climat, un collectif de jeunes militants écologistes né dans le cadre des grèves scolaires pour le climat, nous avons participé au blocage de BNP à Bruxelles. Impliqués dans les grèves étudiantes depuis le début du mouvement, nous étions conscients depuis le début des limites des marches pour le climat et de la nécessité d’utiliser des modes d’actions plus subversifs. D’après nous, marcher dans la rue à plusieurs milliers de personnes pour réclamer une véritable justice climatique, c’est bien sûr historique, exceptionnel, et nécessaire. D’autant plus que les mobilisations massives des jeunes sont relativement rares, et que nous n’avons jamais été aussi nombreux.ses à manifester pour la cause écologique. Mais la gravité de la situation environnementale doit nous pousser à aller plus loin que les mobilisations de masse.

La désobéissance civile est donc une manière de passer à l’étape supérieure. Car il faut bien se rendre à l’évidence : les dirigeants politiques n’écoutent pas les jeunes qui prennent la rue toutes les semaines, ou font semblant et tentent de nous amadouer avec des slogans creux et des propositions dérisoires. Alors que la situation écologique et sociale s’aggrave et le réchauffement climatique continue son emballement… Si nous voulons préserver les conditions d’habitabilité de la Terre, il n’y a donc plus de temps à perdre. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre une éventuelle Loi Climat ou des investissements dans les nouvelles technologies.

Le blocage de BNP Paribas constitue une action de désobéissance civile, avec pour objectif de dénoncer les investissements massifs de la banque dans les énergies fossiles, ainsi que sa participation à l’opération de greenwashing que constitue Sign For My Future. L’action était extrêmement bien préparée, et aucun détail n’était laissé au hasard, que ce soit le contact avec la presse, la police, et les employés de la banque, ou la configuration du bâtiment et les portes d’accès à bloquer. La veille, vers 19h, les participants étaient attendus quelque part à Bruxelles pour une réunion préparatoire. Chacun était invité à choisir son poste et son binôme, les étapes de l’action étaient décrites point par point, et une avocate nous a expliqué ce que nous pouvions faire ou pas en cas d’arrestation administrative par la police. À l’aube, nous avions rendez-vous pour distribuer le matériel (tee-shirts, gilets jaunes, banderoles, peinture, chants, café,..) et terminer les derniers préparatifs. Dans une ambiance joyeuse mais déterminée, nous nous sommes ensuite dirigés en groupe vers le lieu de blocage. L’adrénaline montant au fur et à mesure que nous avançions : “La police nous attend-t-elle sur le pas de la porte ?”, “Comment les employés réagiront-ils ?”, “Allons-nous tenir le blocage plus de deux heures sans nous faire arrêter ?”,… Toutes ces questions explosaient dans nos têtes de jeunes militants excités à l’idée de désobéir. Car ici ce n’est pas au règlement d’ordre intérieur de notre école que nous désobéissions, c’était à la loi.

C’est bien ça le sens de la désobéissance civile : faire fi de ce qui est légal pour faire entendre ce qui est légitime. En effet, je pense que la lutte contre le réchauffement climatique légitime -au moins- la désobéissance civile. Comme le dit d’ailleurs le slogan en vogue dans les manifs : “le climat mérite l’insurrection”. C’est presque devenu un devoir moral, nous devons désobéir pour notre avenir. Nous devons arrêter de demander poliment au politique d’agir. Nous avons la responsabilité de ne pas être raisonnables dans nos modes d’action. Car nous n’avons pas le choix. Ce qui a été tenté jusqu’ici -consommation responsable, pétitions en ligne, élections, marches pacifiques- a lamentablement échoué. Il est donc temps de changer de stratégie si nous voulons avoir une chance de gagner la bataille pour notre avenir commun. La désobéissance civile est un premier pas dans cette nouvelle stratégie. Les marches pour le climat continueront certainement à exister, et tant mieux. Mais la question que nous devons collectivement nous poser, que ce soit au sein des mouvements sociaux ou plus largement dans la société civile, c’est : Comment arrêter le massacre au plus vite ? Comment faire en sorte que l’économie capitaliste soit stoppée dans sa folie destructrice de la vie sur Terre ? En répondant à ces questions, on se rendra sans doute compte que désobéir est bien peu face à une machine sans âme qui écrase tout sur son passage. L’heure a sonné pour le capitalisme et la civilisation industrielle. Et si nous refusons ça, c’est notre heure à nous qui sonnera très bientôt.

Piero Amand (19 ans),
Génération Climat.