(4/6) La Réduction Collective du Temps de Travail… Vers un nouveau contrat social

1ère partie: Le constat – La répartition actuelle du travail est totalement inégale et injuste
2ème partie: La Réduction collective du temps de travail est bénéfique pour TOUS et TOUTES
3ème et 4ème partie: Deux salves d’objections à la RCTT et leurs réponses
5ème partie: L’expérience des 35 heures en France: un succès mitigé mais des critiques injustes
6ème partie: Dernières objections et orientations RCTT du Collectif Roosevelt-Namur

Argumentaire en faveur de la Réduction collective du temps de travail – 4ème partie

Une deuxième salve d’objections…

6ème objection: C’est irréaliste, infaisable!?

Pourtant, c’est déjà une réalité :

400 entreprises françaises comme « Mamie Nova », « Fleury Michon », « la Macif » sont passées à la semaine de 4 jours et les retours sont excellents.

Pour 3 384 emplois chez Fleury Michon, 7 627 supplémentaires sont crées ou maintenus dans l’économie française. A chaque fois que Fleury Michon crée 1€ de valeur ajoutée, 1,9€ est généré dans l’économie française. En 2013, Fleury Michon a calculé les impacts directs et indirects de son activité France en matière d’emploi et de valeur ajoutée. Les calculs s’appuient sur une méthodologie développée par le cabinet Utopies sous la marque Local Footprint©. Fleury Michon présente un impact direct tangible sur ses territoires d’implantation, notamment par la création et le maintien d’emplois, et la création de richesses.

En Suède, des expériences de passage aux 6h de travail par jour sont en cours à Göteborg et sont couronnées de succès:

a) Dans le secteur Public

A Göteborg, la municipalité tente une expérience originale: faire travailler une partie de son personnel “seulement” six heures par jour pour augmenter sa productivité. Un exemple dont il faut s’inspirer. Réduire le temps de travail pour augmenter la productivité… et le bonheur des salariés. Et si c’était cela la clé de la réussite d’une entreprise? Depuis le mois de février, la mairie de Göteborg teste la semaine de 30 heures dans plusieurs établissements publics de la ville. Pour le même salaire, les employés travaillent désormais six heures par jour à la place de huit. Le service public n’est pas le seul concerné et de nombreuses sociétés suédoises ont déjà adopté ce nouveau rythme de travail plus souple. A la clé, moins de stress pour les salariés, des embauches et une plus grande attractivité pour l’entreprise.

b) Dans le secteur Privé

Non loin de l’établissement de Svartedalens, l’usine d’assemblage Toyota de Göteborg fait figure de précurseur en la matière. Depuis 13 ans, la direction a adopté les journées de six heures pour ses mécaniciens et ses employés de bureau sans jamais revenir sur le principe. Le site fonctionne 12 heures par jour non-stop, et les équipes se succèdent chaque jour à midi. Quelle contrepartie pour les salariés? Des pauses plus courtes, mais une production augmentée selon Martin Banck, le directeur: “Le personnel se sent mieux, il y a moins de turn-over et le recrutement est plus facile.”, raconte-t-il.

Selon lui, depuis 2002 et l’arrivée de la journée de six heures, les profits du site ont augmenté de 25% et les salaires des employés se maintiennent au-dessus de la moyenne dans le secteur: environ 3.300 euros par mois contre 2.700 euros. Pourtant, malgré des premiers retours positifs, l’expérience de la semaine des 30 heures faite par la municipalité de Göteborg pourrait prendre fin dès l’année prochaine, note le “Guardian”. Fermement opposé à la réduction du temps de travail, le parti Libéral – qui vient de récupérer la majorité dans la ville – pointe du doigt le coût de l’expérimentation: plus de 850.000 euros par an. “Tout n’est pas qu’une question d’argent”, réplique Daniel Bermar, du Left party de Göteborg et qui a soutenu l’expérience à Svartedalens. L’idée n’est pas de faire les choses pour moins cher, mais mieux.” Lucas Burel.

Ce dernier exemple montre bien qu’il s’agit d’un choix de société et donc d’un choix politique.

7ème objection: Si la proposition de réduction collective du temps de travail est idéale, pourquoi n’en parlons-nous pas davantage?

En France, Depuis les 35h, le débat est devenu tabou. Mais il est en train de resurgir (voir 3.8)

En Allemagne, Un exemple réussi est celui de la convention collective sur les mesures d’incitation à l’emploi de l’industrie métallurgique de Basse Saxe, qui stipulait que les salariés pouvaient réduire leur temps de travail tout en maintenant leur salaire et leur retraite à hauteur de 70% pour les plus hauts salaires, de 80% pour les tranches de salaire moyennes et de 90% pour les catégories les plus basses, tandis que des chômeurs étaient embauchés sur les emplois libérés par la mesure (Karsten Reinecke, Convention Collective pour l’emploi dans l’industrie métallurgique de Basse-Saxe, dans « Moins est plus », modèles actuels réussis de réduction du temps de travail, Chambre des salariés de Brême 2008).

Aux USA, Robert Reich, l’ancien bras droit du Président Clinton demande une réduction du temps de travail.

En Espagne, le Président de la Commission des Finances demande les 4 jours.

Le rapport de l’ONUDI, organe de l’ONU chargé du développement industriel, avril 2013, précise que:

  • Les vieilles solutions sont inefficaces et injustes.
  • Les gains de productivité sont la cause du chômage car la croissance du PIB n’a pas suivi celle des gains de productivité.
  • Aujourd’hui, nous avons besoin d’une nouvelle réduction du temps de travail pour résoudre d’une part le chômage et d’autre part la surcharge de travail de ceux qui en ont. Et qu’elle a le potentiel de stabiliser et même de faire augmenter le nombre d’emplois.
  • Nous devons trouver un nouvel équilibre entre le travail et la vie privée.

En Suède, une expérience de passage aux 6 h de travail par jour à Göteborg est en cours (voir 3.6.2).

En Belgique, *

  • Une expérience pilote va être menée au sein de Bruxelles-Propreté: la semaine de quatre jours. Cette réorganisation du travail doit permettre de créer des emplois supplémentaires (initiative de Didier Gosuin, Ministre bruxellois de l’économie et de l’emploi).
  • Christophe Lacroix, Ministre wallon du budget, a commandé à son Administration une analyse de faisabilité de la semaine des 4 jours.
  • L’Association Intercommunale Aqua Sambre avait réduit le temps de travail de ses travailleurs à 36h/semaine (auparavant 38) avec embauche compensatoire. Actuellement, cette Intercommunale a fusionné avec S.D.W.E tout en maintenant les acquis de la Réduction collective du temps de travail. Ce serait Eric Van Sevenant, chef de Cabinet du Ministre Marcourt qui avait initié la démarche.
  • Les banques, les assurances et la grande distribution sont déjà au régime des 35h/semaine.

* Sources :
1.Séminaire Brise Novembre 2014 Sébastien Robeet Service d’étude CNE
2.Arbeitszeitverkürzung – gehtdoch!
3.Testez vos connaissances de l’histoire de la RCTT – Quizz Roosevelt-Namur, Octobre 2015
4. Argumentaire Roosevelt.fr

8ème objection: Qu’est-ce qui bloque? Pourquoi tant de réserves à l’égard de la réduction collective du temps de travail?

Des acteurs ont, en fait, intérêt à ce que le chômage de masse perdure.

Les actionnaires, propriétaires du capital, en particulier, ont tout intérêt à voir subsister un taux de chômage élevé. Cela crée « une armée de réserve » de travailleurs disponibles à la recherche d’emplois. Et cela installe entre les entreprises « offreurs d’emplois » et les membres de la réserve « demandeurs d’emplois » un déséquilibre favorable aux premiers.
Un tel déséquilibre de négociation perdurant entre patrons et salariés permet aux premiers de maintenir les salaires à la baisse et imposer des conditions de travail difficiles. On connaît la rengaine : « Si vous n’êtes pas contents, des dizaines de candidates attendent derrière la porte pour prendre votre place ».

Les salariés craignent aussi de perdre leur emploi s’ils refusent les conditions du patronat.

De plus, le dogme néo-libéral « Il n’y a pas d’autre choix »nous intoxique.

On nous répète continuellement : « TINA » (There is no alternative). Cela signifierait que le marché, le capitalisme et la mondialisation sont des phénomènes nécessaires et bénéfiques et que tout régime voulant adopter une autre voie serait voué à l’échec.

Il n’y aurait pas d’alternative à la poursuite de la compétitivité qui exige contrôle des salaires, travail intensif, et indispensable flexibilité du travail pour « sauver les emplois », ceux-ci étant automatiquement remplacés par une main-d’œuvre disponible ailleurs, si la main-d‘oeuvre locale s’avérait trop exigeante.

Malheureusement, cette intoxication a atteint une partie du monde syndical et une grande partie des partis politiques dits progressistes. Une « rééducation » progressiste s’impose pour réaffirmer que d’autres voies sont possibles et que le politique a toute légitimité d’imposer aux acteurs économiques régionaux et internationaux des normes sociales dignes.

Enfin, à cause de cette intoxication, et de la mauvaise image des 35h qui a largement submergé les discours politiques et médiatiques (Voir plus haut l’analyse développée au point 3.8, nos dirigeants manquent de courage politique sur la question du partage du travail !…)

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